OVERTURE

ACTE 1

Dans le parc du gouverneur de Messine.

Au premier plan, à gauche, un petit bosquet, derrière lequel on peut, des deux côtés, se cacher, et d 'ou l'on peut se montrer, tout auprès, un siège de repos. A droite, en face, une statue; à ses pieds, des fleurs, dont quelques-unes peuvent être cueillies. Dans le fond, une terrasse, élevée de quelques degrés, ouverte et accessible des quatre côtés, courant en travers de la scène. Du côté des spectateurs, et vers le fond de la scène, elle débouche sur un escalier. A gauche, la terrasse conduit vers les parties les plus sombres du parc; à l'entrée se voit une fontaine. A droite, la terrasse conduit au palais du gouverneur. Dans la profondeur de la scène, la ville de Messine, en contrebas. En perspective, à droite, le palais du gouverneur, sur une colline; à ses pieds une partie de la ville, à gauche, la mer.

L 'action commence en plein jour, et se poursuit jusqu'à l'arrivée de lu nuit.

SCÈNE I

Le peuple sicilien entre.Tous arrivent de la ville par le fond, et se pressent avec joie sur la terrasse. Ensuite sort de son palais et vient à leur rencontre, le gouverneur accompagné de Héro et de Béatrice.
 

No 1 - CHUR

LE PEUPLE
Le More est en fuite. Victoire!
Don Pedro s'est couvert de gloire.
A ses braves honneur!
Vive la Sicile! Vive la Sicile!
Que les monts et la plaine, et la cour et la ville
Répètent le nom du vainqueur!

LES FEMMES
Pour ce vaillant cueillons des roses,
A l'ombre des myrthes ècloses.

LES HOMMES
Pour ses nobles guerriers
Tressons des lauriers.

A ce moment paraît le gourvernear Léonato, accompagné de Héro et de Béatrice: il s 'avance du côté du palais sur la terrasse, écoute les chants, puis descend lentement les marches en saluant le peuple qui se range avec détérence pour lui faire place.

TOUS
Le More est en fuite! Victoire! etc.

SCÈNE 2

Dialogue

LÉONATO
Enfin, cette guerre est terminée! Don Pedro, notre illustre général, arrive aujourd'hui même.

HÉRO
Ah! Mon père, quel bonheur! Et... Claudio le suit, sans doute?

LÉONATO
Assurément! Claudio n'est-il pas le bras droit du général?

SCÈNE 3

BÉATRICE
Veuillez me dire, je vous prie. si le seigneur
Matamore est de retour, ou non, de la guerre!

HÉRO
Ma cousine veut parler du seigneur Bénédiet de
Padoue.

SCÈNE 4

N' 2 - CHUR

LE PEUPLE
Le More est en fuite. Victoire!

Dialogue

BÉATRICE
Assez, assez! Aurez-vous bientôt fini de nous chanter: Gloire ci victoire, Guerriers et lauriers?

Elle sort. Léonaro la suit bientôt après.

SCÈNE 5

HÉRO
Ne l'écoutez pas, mes amis! Continuez! Je sais heureuse, moi, de partager votre joie.

Pendant le chur qui suit, Héro parcourt les groupes en ayant l'air de se réjouir avec eux du retour de l'armée. Puis, elle monte sur la terrasse, et regarde d'un air impatient vers la ville.

LE PEUPLE
Le More est en fuite. Victoire! etc.

No 2bis 
DANSE NATIONALE:
SICILIENNE

Après la danse, le peuple franchit la terrasse, au son des tambourins, et se dirige vers la ville à la rencontre de l'armée.

SCÈNE 6

No 3
AIR

HÉRO
seule
Je vais le voir, je vais le voir.
Son noble front rayonne
De l'auréole du vainqueur.
Cher Claudio, que n'ai-je une couronne!
Je te la donnerais, je t'ai donné mon cur.

Il me revient fidèle.
Plus d'angoisse mortelle!
Nos tourments sont finis,
Nous allons être unis.
De sa constance,
De sa vaillance
Ma main sera le prix.

Pendant la dernière ritournelle de l'orchestre. Héro se dirige vers la terrasse, sans y monter. A ce moment, se rejoignent sur cette terrasse Léonato, Béatrice avec leur suite, sortant du palais, et Don Pedro, Claudio, Bénédicî avec deux officiers venant de la ville.

SCÈNE 7

Dialogue

LEONATO
Recevez mes félicitations, général! La Sicile est délivrée par vous.

DON PEDRO
Grâce à Dieu et à la valeur de ces jeunes braves, l'ennemi a pris la fuite. Mais n'en parlons plus!

BÉNÉDICT
Eh! mais pourtant, ce que nous avons fait n'est pas trop mal.

SCÈNES 8 ET 9

BÉATRICE
Oh, sans doute, les héros de I'lliade, Alexandre et César, ne sont rien auprès de Monsieur Bénédiet, et ce serait pitié de parler, le même jour, de leurs exploits et des vôtres.

BÉNÉDICT
Eh! quoi, signora Dédain, vous vivez encore?

No 4
DUO

BÉATRICE
Comment le dédain pourrait-il mourir?
Vous êtes vivant!
On le verrait naître
S'il n'existait pas;
Et tant qu'ici-bas
Vous oserez paraître,
Pour son bon plaisir
Il ne voudra pas en sortir.

BÉNÉDICT
Aimable Dédain! on est trop heureux
D'endurer vos coups.
Aimable Dédain!
Que ne suis-je maître
De suivre vos pas!
Qui, tant qu'ici-bas
Vous daignerez paraître
Pour charmer nos yeux,
Qui donc voudrait aller aux cieux?

BÉATRICE
J'ai pitié de votre ironie.

BÉNÉDICT
Moi, railler! certes, je le nie.
Mais, franchement, non,
Vous avez raison.
Je suis insensible,
D'humeur inflexible,
Et c'est un vrai bonheur pour nous
Qu'adoré de toutes les femmes,
Enflammant, malgré moi, tant d'âmes,
Je ne sois point aimé de vous.

BÉATRICE
N'ayez à ce sujet aucune inquiétude.

BÉNÉDICT
Je suis insensible, etc.

BÉATRICE
N'ayez à ce sujet aucune inquiétude.

BÉNÉDICT
De vous déplaire en tout je ferai mon étude.
J'aurais trop de chagrin de vous désespérer.

BÉATRICE
Vous pouvez sans effort, seigneur, vous rassurer.

BÉATRICE, BÉNÉDICT
Mais, quel plaisir étrange
Trouvé-je à l'irriter!
Comme un cur qui se venge,
Je sens le mien bondir et palpiter.
Un frisson de colère
Me prend quand je le/la vois.
Son rire m'exaspère,
Et je tremble à sa voix.

BÉNÉ DICT
Dieu du ciel, faites-moi la grâce De ne pas femme m'octroyer, montrant Béatrice Blonde surtout!

BÉATRICE
Quelle menace!

BENÉDICT
Mieux vaut en enfer m'envoyer.

BÉATRICE
Dieu du ciel faites-moi la grâce De ne pas m'imposer d'époux, montrant Bénédidct Barbu surtout.

BÉNÉDICT
Quelle menace!

BÉATRICE
Je le demande à deux genoux.

BÉATRICE, BÉNÉDICT
Mais quel plaisir étrange, etc.

Béatrice sort.

SCÈNE 10

Dialogue

Don Pedro et C/audio se rapprochent. Bénédict fait un mouvement pour sortir.

DON PEDRO
Bénédiet, ne partez pas! En effet, c'est Claudin qui sera dès ce soir l'heureux époux de sa belle fiancée.
à Claudio
Léonato consent à ne plus retarder votre mariage.

CIAUDIO
Se peut-il?

DON PEDRO
L'exemple ne vous tente-t-il pas, Bénédict?

BÉNÉDICT
Moi?

N' 5 - TRIO

BÉNÉDICT
Me marier? Dieu me pardonne! 
Ah! j'aime mieux dans un couvent 
Moisir sous le froc tristement, 
Et que l'univers m'abandonne.

CLAUDIO, DON PEDRO
Quelle fureur? Dieu vous pardonne
De maudire un lien charmant,
Et de préférer le couvent
Au bonheur que l'hymen nous donne!

BÉNÉDICT
Oui, oui, plutôt moisir dans un couvent!

CLAUDIO, DON PEDRO
Dieu vous pardonne!

BÉNÉDICT
D'une femme il est vrai que je reçus la vie!
Elle m'éleva, je l'en remercie;
Mais si malgré tout je ne me soucie
Que fort peu de porter de hauts bois sur le front,
Les femmes me pardonneront -
Par ma défiance,
De toutes les blesser je n'ai pas le vouloir;
Je ne saurais pourtant avoir
En l'une d'elles confiance,
Et ma conclusion,
C'est que je veux mourir garçon.

CLAUDIO, DON PEDRO
Quelle fureur! Quelle fureur!

BÉNÉDICT
Me marier! Dieu me pardounne! etc.

CLAUDIO, DON PEDRO
Dieu vous pardonne, etc.

CLAU DIO
Impie!

DON PEDRO
Ingrat!

CIAUDIO
Blasphémateur!

BÉNÉDICT
J'admire votre noble ardeur...

CLAUDIO
Une douce compagne...

BÉNÉDICT
...Que la ruse accompagne...

DON PEDR()
...Qui berce vos ennuis...

BÉNÉDICT
...Et qui trouble vos nuits...

CLAUDIO
Une constante amie...

BÉNÉDICT
...Une intime ennemie...

DON PEDRO
...Qui vieillit avec nous...

BÉNÉDICT
...Qui vieillit avant nous...

CLAUDIO
Un charme, une grâce...

BÉNÉDICT
...Qu'un hiver efface...

DON PEDRO
Un trésor d'amour...

BÉNÉDICT
...Qu'épuise un seul jour...

CLAUDIO
Source de vie...

BÉNÉDICT
...Caquet de pie...

CLAUDIO
Fidélité...

BÉNÉDICT
...Fragilité...

CLAUDIO
Tendresse...

BÉNÉDICT
...Faiblesse...

DON PEDRO
Cur pur..

BÉNÉDICT
...Peu sûr.

CLAUDIO, DON PEDRO
Maître...

BÉNÉDICT
...Traître.

CLAUDIO, DON PEDRO
Doux...

BÉNÉDICT
...Houx!

Me marier? Dieu me pardonne! etc.

CLAUDIO, DON PEDRO
Dieu vous pardonne, etc.

BÉNÉDICT
Si jamais Bénédict au joug peut se soumettre,
Il consent, ou le Diable m'emporte, à voir mettre,
Comtne une enseigne, sur son toit, ces mots écrits:
«lci, l'on voit Bénédict, l'homme marié!»

CLAUDIO, DON PEDRO
Comme nous rirons tous, ce jour
Qu'on le verra pâle d'amour!

DON PEEIRO
Eh bien! laissez-moi faire et nous parviendrons a réaliser le projet de ce mariage invraisemblable. Voici venir les musiciens; ils viennent répéter leur épithalame.

CLAUDIO
Laissons-les à leur discordante étude!

Ils sortent.

SCÈNE 12

Entre Somarone. suivi de chanteurs et de musiciens portant des hautbois et des bassons.

SOMARONE
Allons! chacun de vous doit maintenant savoir sa partie, sinon il ne la saura jamais; voyons l'ensemble. Ah! c'est un bel ouvrage, et que j'ai mis plus de huit jours à composer.
Au premier hautbois:
Donne ton la.
Le premier hautbois donne le la.
A l'autre:
Et toi?
Le second hautbois donne le la bémol qu'il tient en même temps que le la naturel du premier. Somarone porte la main à ses oreilles.
Ah! aie! Holà! Pouah! misérable! Veux-tu bien t'accorder tout de suite!... Il y a de quoi déchirer des oreilles d'âne. Voilà comment vous avez osé l'autre soir, exécuter ma sérénade! Vous avez juré de m'assassiner!
Ils s 'accordent. Les deux haut bois font entendre le même la.
Enfin!...

Je ne ferai pas de longs discours sur ma musique.
Il lève son bâton de conducteur en l'air, comme pour marquer /a première mesure et, parcourant d'un regard superbe les rangs des exécutants.
Mesdames et Messieurs,... le morceau que vous allez voir l'honneur d'exècuter est un chef-d'uvre!... Commençons!...
Il bat la mesure.

N0 6 - ÉPITHALAME GROTESQUE

1er Couplet

LE CHUR
musique à la main
Mourez, tendres époux
Que le bonheur enivre!
Mourez, mourez!
Pourquoi survivre
à des instants si doux?
Qu'une mort bien heureuse
Descende paisible sur vous
Comme la nuit calme et réveuse!

Monologue

SOMARONE
Ah! mon Dieu! vous me beuglez cet épithalame comme un De profundis! Vous ne comprenez donc pas...ce...ce...ce chef-d'uvre?...Un chant de bonheur! un chant d'amour! qui doit ravir en extase les mariés.. la nuit.. .qui doit s'envoler.. s'exhaler... comme un parfum d'harmonie vers leur chambre nuptiale!

SCÈNE 13

Somarone examine attentivement un passage de sa partition.

SOMARONE

Un instant! Je veux changer quelque chose à la seconde ritournelle.
I/ écrit quelques notes au crayon sur son manuscrit, puis il va montrer le passage modifié, au premier hautbois.
Essaie-moi cela!
Le hautbois joue quelques mesures.
Très bien! Peste! à première vue! Oh! tu es un gaillard! J'écrirai pour toi un joli saltarello dans ma nouvelle messe.

SCÈNE 14

Dialogue

DON PEDRO

reparaissant
Eh bien! nous ferez-vous entendre la musique en question?

SOMARONE

Oui, Excellence!..oui, Altesse! oui, Monseigneur.. avec de nouveaux agréments que je viens d'y ajouter.
I/ tend son bâton de chef d'orchestre â un domestique.
Emportes ceci! et apportez-moi le bâton N. 37. le bâton ducal! C'est le bâton, Monseigneur, dont je me sers devant les personnes... les personnes de qualité, dans les circonstances...solennelles...

N 6a - ÉPITHALAME

GROTESQUE

2 Couplet

LE CHUR
Mourez, tendres époux, etc.

SOMARONE
parlé
De l'onction, Messieurs, de l'onction!
Mais, mais! le rythme!
Ensemble!
Mourez, donc!
Oui, l'extase! adoucissez pour l'extase!
De la légèreté! Envolez-vous! léger! léger!
Ha! Ha! suave! N'oubliez pas l'expression!
Et de l'onction encore! Observez bien toutes les nuances!
Ah! léger! léger! onctueux!
C'est... ça! léger! léger!

I/ sort avec /es musiciens. Pendant la répétition, Bénédici est entré;  il  se tient caché derrière un bosquet.

SCÈNE 15

Dialogue

Entrent Léonato et C/audio.

DON PEDRO
Eh bien! Léonato, avez-vous fait de nouvelles observations, et croyez-vous toujours Béatrice amoureuse de Bénédict?

LÈONATO
Plus que jamais; je venais pour vous en parler.
 

BÈNÈDICT
à part
Serait-il possible? Et le vent soufflerait-il dans cette direction?

LÈONATO
Vous ne pouvez concevoir jusqu'où va la violence de son amour pour lui.

DON PEDRO
Lui a-t-elle fait connaître ses sentiments?

LÉONATO
Non, elle jure de ne jamais les lui révéler.

DON PEDRO
Si elle s'obstine à cacîter ses sentiments à Bénédict, il serait convenable que quelque autre se chargeât de l'en instruire.

LÈONATO
A quoi bon? Il s'en ferait un jeu, et ce serait pour lui un prétexte à de nouveaux sarcasmes contre cette infortunée.

Ils sortent.

SCÈNE 16

BÉNÉDICT
sortant de sa cachette
Ce n'est pas une plaisanterie; leur conversation est sérieuse. Ils plaignent Béatrice; il paraît que sa passion est au comble. Elle m'aime!
Je dois la payer de retour. J'ai entendu le blâme dont je suis l'objet.
 

N 7 - RONDO

BÉNÉDICT
Ah! Je vais l'aimer, mon cur me l'annonce.
A son vain orgueil je sens qu'il renonce.
Je vais l'admirer,
Je vais l'adorer, l'aimer, l'adorer, l'idolâtrer.
Fille ravissante,
Béatrice, ô Dieux!
Le feu de ses yeux,
Sa grâce agaçante,
Son esprit si fin,
Son charme divin,
Tout séduit en elle,
Et sa lèvre appelle
Un baiser sans fin.
Ah! Je vais l'aimer, etc.

Chère Béatrice!
Ciel! il se pourrait...
Elle m'aimerait...
Ô joie! ô supplice!
Un pareil bonheur
Est-il pour mon cur?
Si c'était un songe,
Ah! cruel mensonge!

Ô rage! ô fureur!
Non, non.
Je vais l'aimer, etc.

SCÈNE 17

Dialogue

HÉRO
Ah! je sais gré à mon père de m'avoir dispensée d'assister a ce banquet. Mon cur est plein de joie, mais le bruit et la foule me sont insupportables.
 

URSULE
Voilà votre mélancolie qui vous reprend. Vous étiez, si gaie tout à l'heure!

HÉRO
C'était si plaisant de savoir ma cousine aux écoutes dans la chambre voisine de la mienne, pendant que nous faisions l'éloge de Bénédict, et que nous parlions de son violent amour pour elle! Amour qu'il est loin d'éprouver et qu'il n'éprouvera jamais!

URSULE
Ah! non certes! pas plus qu'elle n'aimera Bénédict. Ce sont deux êtres incapables d'un tendre sentiment, et surtout d'un tendre sentiment l'un pour l'autre.

HÉRO
Pourtant, la porte étant ouverte, je la voyais dans une glace sans qu'elle s'en doutât et, au moment òu tu as dit: «Le malheureux en mourra!», elle a fait un mouvement si brusque que j'ai failli parti d'un éclat de rire qui eût tout compromis.

Béatrice nous en voudrait à la mort si elle se doutait que nous avons voulu nous moquer d'elle. soupirant
Ah!

N' 8 - DUO (NOCTURNE)

URSULE
Vous soupirez, madame?

HÉRO
Le bonheur oppresse mon âme.
Je ne puis y songer, sans trembler malgré moi.
Claudio! Claudio! Je vais donc être à toi!

La lune se lève et éclaire la scène de ses rayons qui se reflètent dans l'eau.

HÉRO, URSULE

Nuit paisible et sereine!
La lune, douce reine,
Qui plane en souriant,
L'insecte des prairies,
Dans les herbes fleuries
Un secret bruissant;
Philomèle
Qui mêle
Aux murmures du bois
Les splendeurs de sa voix;
L'hirondelle
Fidèle,
Caressant sous nos toits
Sa nichée en émois;
Dans sa coupe de marbre
Ce jet d'eau retombant,
Ecumant;
L'ombre de ce grand arbre,
En spectre se mouvant
Sous le vent;
Harmonies
Infinies,
Que vous avez d'attraits
Et de charmes secrets
Pour les âmes attendries!

Héro et Ursule s'asseoient sur le banc du parc.

URSULE
Quoi! vous pleurez, madame?

HÉRO
Ces larmes soulagent mon âme. Tu sentiras couler les tiennes à ton tour, Le jour où tu verras couronner ton amour.

HÉRO, URSUI.E
Respirons en silence
Ces roses que balance
Le souffle du zéphyr!
A sa fraîche caresse
Livrons nos fronts!
Il cesse,... il cesse...
Et meurt dans un soupir.

Nuit paisible et sereine! etc.

Les deux jeunes filles passent, les bras enlacés, sur le devant de la scéne. Héro, pleurant d'attendrissement. cache son visage en l'appuyant sur l'épaule d'Ursule. Ursule essuie doucement les yeux d'Héro, qui sourit et semble devenir plus ca/me. Ursule va cueillir un bouquet de roses, pendant qu'Héro reste plongée dans su réverie. Ursule présente le bouquet à Héro qui, le bras droit appuyé sur l'épaule d'Ursule, effeuille lentement ses roses, en marchant avec elle vers le fond. Les deux personnages disparaissent.