Le Jeune Pâtre breton / The Young Breton Shepherd
 
Dès que la grive est éveillée, 
Sur cette lande encor mouillée 
Je viens m'asseoir jusques au soir; 
Grand'mère de qui je me cache, 
Dit : Loïc aime trop sa vache. 
Oh ! Oh ! Nennida ! 
Mais j'aime la petite Anna. 

A son tour Anna, ma compagne, 
Conduit derrière la montagne, 
Près des sureaux, ses noirs chevreaux ; 
Si la montagne ou je m'égare, 
Ainsi qu'un grand mur nous sépare, 
Sa douce voix 
M'appelle au fond du bois. 

Oh ! Sur un air plaintif et tendre, 
Qu'il est doux au loin de s'entendre, 
Sans même avoir l'heure de se voir ! 
De la montagne à la vallée 
La voix par la voix appellée 
Semble un soupir 
Mêlé d'ennuis et de plaisir. 

Ah ! retenez bien votre haleine, 
Brise étourdie, et dans la plaine, 
Parmi les blés, courez, volez ! 
Dieu ! la méchante a sur son aile 
Emporté la voix douce et frèle, 
La douce voix 
Qui m'appellait au fond du bois. 

As soon as the thrush awakens,
on the still moist moor 
I come to sit until evening; 
My grandmother, from whose gaze I hide, 
Says: Loic loves too well his cow. 
Oh! Oh! That's not so! 
For I love little Anna. 

In her turn, Anna, my companion,
Leads over the mountain 
Near the elder trees her flock of black goats; 
The mountain on which I roam 
Keeps us apart like a high wall, 
But her gentle voice, 
Her voice calls me from the depths of the wood. 

O ! To a plaintive and tender melody, 
How sweet it is from afar to hear each other, 
Even without having the moment to see each other! 
From the mountain to the valley, 
The voice by the other voice summoned, 
Seems like a sigh 
Blended with sorrow and pleasure. 

Ah ! Hold your breath, 
Thoughtless breeze, 'Tis on the plain, 
Amidst the wheat you can run and fly ! 
But dear God ! The wicked wind has taken away
on its wing the soft and gentle voice, 
The gentle voice
That calls me from the depths of the wood.