LA CAPTIVE

       Si je n'étais captive,
       J'aimerais ce pays,
       Et cette mer plaintive,
       Et ces champs de maïs,
       Et ces astres sans nombre,
       Si le long du mur sombre
       N'étincelait dans l'ombre
       Le sabre du [Hugo: des] spahis.

       Je ne suis pas [Hugo: point] tartare
       Pour qu'un eunuque noir
       M'accorde ma guitare,
       Me tienne mon miroir.
       Bien loin de ces Sodomes,
       Au pays dont nous sommes,
       Avec les jeunes hommes
       On peut parler le soir.

       Pourtant j'aime une rive
       Où jamais des hivers
       Le souffle froid n'arrive
       Par les vitraux ouverts,
       L'été, la pluie est chaude,
       L'insecte vert qui rôde
       Luit, vivante émeraude,
       Sous les brins d'herbe verts.

       J'aime en un lit de mousses
       Dire un air espagnol,
       Quand mes compagnes douces,
       Du pied rasant le sol,
       Légion vagabonde
       Où le sourire abonde,
       Font tournoyer leur ronde
       Sous un rond parasol.

       Mais surtout, quand la brise
       Me touche en voltigeant,
       La nuit j'aime être assise,
       Être assise en songeant,
       L'il sur la mer profonde,
       Tandis que, pâle et blonde,
       La lune ouvre dans l'onde
       Son éventail d'argent.