I. Le Pêcheur
after Goethe

HORATIO

L'onde frémit, l'onde sagite;
Au bord est un jeune pêcheur.
De ce beau lac, la charme excite
Dans l'âme une molle langueur.
A peine il voit, à peine il guide
Sa ligne errante sur les flots.
Tout-à-coup sur le lac limpide
S'élève la nymphe des eaux;

Elle lui dit: Vois la lumiére;
Descendre dans mes flots d'azur.
Vois dans mes flots Phoebé se plaire
Et briller d'un éclat plus pur.
Vois comme le ciel sans nuage
Dans les vagues parait plus beau.
Vois enfin, vois ta propre image
Qui te sourit du fond de l'eau.

L'onde frémit, l'onde s'agite,
Vient mouiller les pieds du pêcheur.
Il entend la voix qui l'invite;
Il céde à son charme trompeur...
... Elle disait d'une voix tendre,
D'une voix tendre elle chantait,
Sans le vouloir, sans se défendre,
Il suit la nymphe—il disparait.
 

II. Chœur d'ombres

Froid de la mort, nuit de la tombe,
Bruit éternel des pas du temps.
Noir chaos où l'espoir succombe,
Quand donc finirez-vous?
Vivants! Toujours la mort vorace,
Fait de vous un noveau festin,
Sans que sur la terre on se lasse
De donner pâture à sa faim.
Sans qu'on se lasse
Quand donc, nuit de la tombe,
Bruit éternel des pas du temps,
Noir chaos où l'espoir succombe,
Quand donc finirez-vous?
 
 

III. Chanson de Brigands

A CAPTAIN

J'aurais cent ans à vivre encore,
Cent ens et plus, riche et content,
J'aimerais mieux être brigand
Que pape ou roi que l'on adore.
Franchissons rochers et torrents!
Ce jour est un jour de largesses,
Nous allons boire à nos maîtresses
Dans le crâne de leurs amants!

CHORUS

Allons, ces belles éplorées
Demandent des consolateurs,
En pleurs d'amour changeons ces pleurs,
Formons de joyeux hyménées!
A la montagne au vieux couvent
Chacun doit aller à confesse
Avant de boire à sa maîtresse
Dans le crâne de son amant.

CAPTAIN

Zora ne voulait pas survivre
A son brave et beau défenseur,
"Le Prince est mort, percez mon cœur,
Au tombeau laissez-moi le suivre!"
Nous l'emportons au roc ardent.
Le lendemain folle d'ivresse
Elle avait noyé sa tristesse
Dans le crâne de son amant.

CAPTAIN, CHORUS

Fidèles et tendres colombes,
Vos chevaliers vent morts. Et bien!
Mourir pour vous fut leur destin.
D'un pied léger foulez leurs tombes.
Pour vous plus de tristes moments
Gloire au hazard qui nous rassemble,
Oui, oui, nous allons boire ensemble
Dans le crâne de vos amants.

CHORUS

Quittons la campagne,
Le veil hermite nous attend au couvent.
Capitaine nous te suivons, nous sommes prêts!
Allons! à la montagne!
 

IV. Chant de Bonheur

TENOR

O mon bonheur, ma vie, mon être
Tout entier, mon Dieu, mon univers!
Est-il auprès de toi quelque bien,
Quelque bien, que j'envie?
Je te vois, tu souris, les cieux me sont ouverts.
L'ivresse de l'amour pour nous est trop brillante,
Ce tendre abattement est plus délicieux,
Repose dans mes bras, repose cette tête charmante.
Viens, viens, ô ma rêveuse amante,
Sur mon cœur éperdu.
Viens, clore tes beaux yeux.
 

VI. Fantaisie sur la Tempête de Shakespeare

Miranda! Miranda!
Vien' chi t'e destinato sposo,
Conoscerai l'amore.
Miranda, d'un novello viver
L'aurora va spuntando per te.
Miranda, addio, addio, Miranda!
Miranda! E desso e tuo sposo, sii felice.
Caliban! Horrido mostro!
Temi lo sdegno d'Ariello!
O Miranda, ei ti'adduce, tu parti!
O Miranda, no ti vedrem, ormai!
Delle piaggie dell'aura nostra sede,
Noi cercarem in vano
Lo splendete e dolce fiore
Che sulla terra miravan
No ti vedrem, ormai dolce fiore
O Miranda, no ti vedrem or mai.
Addio, addio Miranda.