BERLIOZ: IRLANDE (NEUF MELODIES) OP. 2
English translations = Thomas Moore originals

1. Le Coucher du Soleil

"Il se penche, et s'éteint. Le jour expire,
mais il va porter autre part une nouvelle
vie. Oh! que n'ai-je des ailes pour m'élever
de la terre, et m'élancer après lui dans une
clarté éternelle!" Goethe - FAUST
 

Que j'aime cette heure rêveuse,
Où l'Horizon devient vermeil,
Où dans la mer silencieuse
Se plongent les feux du soleil!
Alors dans mon âme ravi
Se bercent les doux souvenirs;
Alors vers l'astre de ma vie,
Du soir s'envolent les soupirs.

En voyant l'écharpe brillante,
Qui de ses lumineux réseaux
Couvre la plaine scintillante,
Et fait disparaître les eaux,
Vers ces régions radieuses
Je voudrais prendre mon essor.
N'est-il pas des îles heureuses
Que dérobent ces voiles d'or?

How dear to me the hour when daylight dies

    And sunbeams melt along the silent sea,

For then sweet dreams of other days arise,

    And memory breathes her vesper sigh to thee.
 

And, as I watch the line of light, that plays

    Along the smooth wave tow'rd the burning west,

I long to tread that golden path of rays,

    And think 'twould lead to some bright isle of rest.
 


 

2. Helene (Ballade)

John: Hey, Dick, what castle is that with the moon rising behind it?
Dick: That is Rosna Hall.
Max: It is the castle of the beautiful Ellen.
John: What! Is that where the earl of Exeter took his young wife, who took him for a peasant?
Max: The same.
John: There is a ballad about that. Sing it to us, you two!
Dick: Gladly. Blow, horns! And let us march to their sound!
(Unknown Play)
 

Qui ne se souvient d'Hélène,
Doux orgueil de notre plaine,
Quand de William l'etranger
Elle devint la compagne?
Qu'Amour toujours l'accompagne!
Répétait chaque berger.

Les mers les moins orageuses
Ont des saisons dangereuses.
William dit: "En d'autres lieux
Le sort sera plus prospère."
À sa chaumière, à son père
Hélène fit ses adieux.

En chemin cette pensée
Navrait son âme oppressée.
Un soir, après bien des maux
Ils virent, parmi les arbres,
Briller l'ardoise et les marbres
D'un caster aux fiers créneaux.

D'apaiser notre souffrance
Ces murs offrent l'espérance.
Puis William sonna du cor.
Bientôt en riche livrée
Un valet leur donne entrée,
Salue et s'incline encor.

"Voici votre Châtelaine,"
Dit le Lord, montrant Hélène.
"Qu'on s'empresse à lui prouver
Qu'elle règne sans partage
Sur ces biens, mon héritage!"
Hélène croyait râver.

Ce n'était point un mensonge,
Douce erreur d'un heureux songe.
William n'est plus l'étranger
Dans ces superbes demeures;
Mais l'amour compte ses heures,
Comme s'il était berger.

"You remember Ellen, our hamlet's pride,"
    How meekly she blessed her humble lot,
When the stranger, William had made her his bride,
    And love was the light of their lowly cot.
 
 

Togther they toil'd through winds and rains,
    Till William, at length, in sadness said,
"We must seek our fortune on other plains;"--
    Then, sighing, she left her lowly shed.
 
 

They roam'd a long and a weary way,
    Nor much was the maiden's heart at ease,
When now, at close of one stormy day,
    They see a proud castle among the trees,
 
 

"To-night," said the youth, "we'll shelter there;
    "The wind blows cold, the hour is late:"
So he blew the horn with a chieftain's air,
    And the porter bow'd, as they pass'd the gate.
 
 

"Now, welcome, Lady," exclaim'd the youth,--
    This castle is thine, and these dark woods all!"
She bliev'd him crazed, but his words were truth,
    For Ellen is Lady of Rosna Hall!
 
 

And dearly the Lord of Rosna loves,
    What William the stranger woo'd and wed;
And the light of bliss, in these lordly groves,
    Shines pure as it did in the lowly shd.
 


 

3. Chant Guerrier

N'oublions pas ces champs dont la poussière
Est teint encor du sang de nos guerriers!
Nous leur devons des pleurs, une prière.
La liberté rayonne à nos foyers.

Ils sont tombés, mais de la mort des braves,
En nous léguant cet heureux avenir
Qui nivela le maître et les esclaves,
Monde nouveau qui ne doit pas finir.

N'oublions pas! etc.
Pourquoi faut-il qu'au milieu des batailles
Vienne mourir un injuste pouvoir,
Et que le deuil, les tristes funérailles,
Des affranchis soient le premier devoir?

N'oublions pas! etc.

Heureux le peuple, à ses serments fidèle,
Qui sans combats vit consacrer ses droits!
La liberté jamais ne fut si belle
Qu'en descendant du marchepied des rois.

N'oublions pas!

4. La Belle Voyageuse
 
 

Elle s'en va seulette;
L'or brille à son bandeau;
Au bout de sa baguette
Étincelle un joyau.
Mais sa beauté surpasse
L'éclat de ses rubis,
Et sa blancheur efface
La perle au blanc de lys.

Belle, ainsi sans injure,
Penses-tu voyager?
Ta beauté, ta parure
Appellent le danger.
Les mains les plus fidèles
Tressaillent devant l'or,
Et les coeurs près des belles
Tiennent bien moins encor.

Chevalier, dans cette ile
Mon âme ne craint rien.
L'honneur en cet asile
Est le souverain bien.
Toujours devant nos larmes
On le vit s'arrêter.
Pour mon or ou mes charmes
Que puis-je redouter?

Aux regards découverte
Son souris virginal
Par toute l'île verte
Lui servit de fanal.
Aussi l'as-tu bénie,
Des harpes doux pays,
Celle qui se confie
À l'honneur de tes fils.
La la lalerala.

Rich and rare were the gems she wore,
And a bright gold ring on her wand she bore;
But oh! her beauty was far beyond
Her sparkling gems, or snow-white wand.
 
 
 

"Lady! dost thou not fear to stray,
"So lone and lovely through this bleak way?
"Are Erin's sons so good or so cold,
As not to be tempted by woman or gold?"
 
 
 
 

"Sir Knight! I feel not the least alarm,
"No son of Erin will offer me harm:--
"For though they love woman and golden store,
"Sir Knight! they love honour and virtue more!"
 
 
 
 
 

Off she went, and her maiden smile
In safety lighted her round the green isle;
And blest for ever is she who relied
Upon Erin's honour, and Erin's pride.
 


 

5. Chanson à Boire

"in the flush
Of the wild revel I gave way
To all that frantic mirth - that rush
Of desp'rate gaiety, which they,
Who never felt how pain's excess
Can break out thus, think happinessl"
(Th. Moore The Loves of the Angels)

Amis, la coupe écume!
Que son feu rallume
Un instant nos coeurs!
Du bonheur ce gage
N'est que de passage.
Noyons nos douleurs!

Oh! ne crois pas qu'à mon âme
Les tourments soient épargnés!
Mes chants, échos de ma famme,
Seront toujours de larmes imprégnés.
Ce sourire qui rayonne
Sur mon front sombre et pensif
Est semblable à la couronne
Dont on pare un roi captif.

Mais la coupe écume. etc.

Les plus heureux sur la terre,
Que comptent-ils de plaisirs,
Sans quelque pensée amère,
Quelques fatals et tristes souvenirs?
A l'âme tendre et sensible
Le moindre mal est cuisant,
Comme à l'arbrisseau flexible
Un roitelet est pesant.

Mais la coupe écume. etc.

6. Chant Sacré

''Bow down to Him who is on high!" Goethe Faust

Dieu tout-puissant! Dieu de l'aurore,
D'aimer qui fis la douce loi,
Dieu qu'en vain nulle voix n'implore,
Tous les biens nous viennent de toi.

Ces clartés qu'entre les nuages
Le couchant lance sur nos plages,
Du jour mourant derniers adieux,
Du soir les brillantes étoiles,
Qui de la nuit parent les voiles,
Ne sont qu'un rayon de tes yeux.

Dieu tout-puissant! etc.

Du printemps l'haleine embaumée
A l'âme, d'amour consumée,
Qui fait oublier sa douleur;
Du nocher, battu par l'orage,
Le vent qui prévient le naufrage,
Ne sont que ton souffle sauveur.

Dieu tout-puissant! etc.

Ces accords divins de la Iyre,
Qui, par un ravissant délire,
Aux cieux nous transportent parfois;
Ces chants sacrés, où le génie
Redit l'amour et la patrie,
Ne sont qu'un écho de ta voix.

Dieu tout-puissant! etc.

7. L'Origine de la Harpe

"Ahl si vous l'entendiez! . . . À l'amant qui soupire
L'aveu de son amante est moins mélodieux.
C'est le Cygne qui meurt et dont le chant expire;
C'est la voix d'une soeur Philomèle, une Lyre
L'écho d'une Harpe des cieux."
(Translated from the Bohemian)
 

Cette Harpe chérie, à te chanter fidèle,
Etait une Sirène, à la voix douce et belle.
On l'entendait au fond des eaux;
Aux approches du soir, glissant sur le rivage,
Elle venait chercher, couverte d'un nuage,
Son amant parmi les roseaux.

Hélas! elle aimait seule, et ses larmes brillantes
Baignèrent bien des nuits ses tresses ondoyantes,
Doux trésors à l amour si chers.
Mais une flamme pure au Ciel est précieuse.
Il transforma soudain en Harpe harmonieuse
La plaintive vierge des mers.

En contours gracieux tout son corps se balance;
Sur sa joue on croit voir un rayon d'espérance,
Et son sein palpiter encor.
Ses cheveux, dégagés du flot qui les inonde,
Recouvrent ses bras blancs qui ne fendront plus l'onde
Et deviennent des cordes d'or.
 

Aussi pendant longtemps cette Harpe chérie
Disait-elle à la fois la sombre rêverie,
Et d'amour les plaisirs discrets.
Elle soupire encor la joie et la tristesse:
Quand je suis près de toi, les accords d'allégresse;
Loin de toi, le chant des regrets.

'Tis believ'd that this Harp, which I wake now for thee,
Was a Siren of old, who sung under the sea;
And who often, at eve, thro' the bright waters rov'd.
To meet, on the green shore, a youth whom she lov'd.
 
 

But she lov'd him in vain, for he left her to weep,
And in tears, all the night her gold tresses to steep;

Till heav'n look'd with pity on true-love so warm,
And chang'd to this soft Harp the sea-maiden's form.

 
 

Still her bosom rose fair--still her cheeks smild' the
    same--
While her sea-beauties gracefully form'd the light
    frame;
And her hair, as, let loose, o'er her white arm it fell,
Was chang'd to bright chords utt'ring the melody's 
    spell.

Hence it came, that this sof't Harp so long hath been 
    known
To mingle love's language with sorrow's sad tone;
Till thou didst divide them, and teach the fond lay
To speak love while I'm near thee, and grief when 
    away.


 

8. Adieu Bessy

Loin de toi, Bessy, mes amours,
Je vais couler mes tristes jours.
Plaisirs passés que je déplore,
Auriez-vous fui pour toujours?
Adieu, Bessy! Nous nous verrons encore.

Ces beaux jours doivent revenir.
Reposons-nous sur l'avenir!
Alors, le mal qui nous dévore
Ne sera qu'un souvenir.
Adieu Bessy! Nous nous verrons encore.

Je croyais, te donnant ma foi,
Pour toujours vivre près de toi.
Notre amour, à peine à l'aurore,
Du destin subit la loi.
Adieu, Bessy! Nous nous verrons encore.

Pour mon coeur, brisé désormais
Plus de calme, de douce paix!
Une heure, et celui qui t'adore
T'abandonne pour jamais.
Oh! non, Bessy! Nous nous verrons encore.

9. Elégie (en Prose)
 

Quand celui qui t'adore n'aura laissé derrière lui
    que le nom de sa faute et de ses douleurs,
oh! dis, dis, pleureras-tu s'ils noircissent la mémoire 
    d'une vie qui fut livrée pour toi? 
Oui, pleure, pleure! Et, quelque soit l'arrêt de mes 
        ennemis, 
    tes larmes l'effaceront.
Car le Ciel est témoin que, coupable envers eux,
    je ne fus que trop fidèle pour toi.

Tu fus l'idole de mes rêves d'amour; 
    chaque pensée de ma raison t'appartenait. 
Dans mon humble et dernière prière
    ton nom sera mêlé avec le mien.
Oh! bénis soient les amis, oui, bénis soient les amants
    qui vivront pour voir les jours de ta gloire! 
Mais, après cette joie, la plus chère faveur que puisse 
        accorder le Ciel, 
    c'est l'orgueil de mourir pour toi.

When he, who adores thee, has left but the name
    Of his fault and his sorrows behind,
Oh! say wilt thou weep, when they darken the flame
    Of a life that for thee was resign'd?
Yes, weep, and however my foes may condemn,

    Thy tears shall efface their decree;
For Heaven can witness, though guilty to them,
    I have been but too faithful to thee.

With thee were the dreams of my earliest love;
    Every thought of my reason was thine;
In my last humble prayer to the Spirit above,
    Thy name shall be mingled with mine.
Oh! blest are the lovers and friends who shall live
    The days of thy glory to see;
But the next dearest blessing that Heaven can give

    Is the pride of thus dying for thee.