Cléopâtre
Scène lyrique

French text

Recitativo
C'en est donc fait! ma honte est assurée.
Veuve d'Antoine et veuve de César,
Au pouvoir d'Octave livrée,
Je n'ai pu captiver son farouche regard.
J'étais vaincue, et suis déshonorée
En vain, pour ranimer l'éclat de mes attraits,
J'ai profané le deuil d'un funeste veuvage;
En vain, en vain de l'art épuisant les secrets,
J'ai caché sous des fleurs les fers de l'esclavage;
Rien n'a pu du vainqueur désarmer les décrets.
A ses pieds j'ai traîné mes grandeurs opprimées
Mes pleurs même ont coulé sur ses mains répandus,
Et la fille des Ptolémées,
A subi l'affront des refus.

Ah! qu'ils sont loin ces jours tourment de ma mémoire
Où sur le sein des mers comparable à Vénus,
D'Antoine et de César réfléchissant la gloire,
J'apparus triomphante aux rives du Cydnus!
Actium m'a livrée au vainqueur qui me brave;
Mon sceptre mes trésors ont passé dans ses mains;
Ma beauté me restait et les mépris d'Octave,
Pour me vaincre ont fait plus que le fer des Romains.

Ah! qu'ils sont loin ces jours, tourment de ma mémoire,
Où sur le sein des mers comparable à Vénus,
D'Antoine et de César réfléchissant la gloire,
J'apparus triomphante aux rives du Cydnus!
En vain de l'art épuisant les secrets,
J'ai caché sous des fleurs les fers de l'esclavage,
Rien n'a pu du vainqueur désarmer les décrets,
Mes pleurs même ont coulé sur ses mains répandus.
J'ai subi l'affront des refus.
Moi! qui du sein des mers, comparable à Vénus,
M'élançai triomphante aux rives du Cydnus!

Au comble des revers qu'aurais-je encor à craindre?
Reine coupable, que dis-tu?
Du destin qui m'accable est-ce à moi de me plaindre?
Ai-je pour l'excuser les droits de la vertu?
J'ai d'un époux déshonoré la vie.
C'est pour moi qu'aux Romains l'Egypte est asservie,
Et que d'lsis l'ancien culte est détruit.
Quel asile chercher! Sans parents! sans patrie!
Il n'en est plus pour moi que l'éternelle nuit!

Méditation
Grands Pharaons, nobles Lagides,
Verrez-vous entrer sans courroux,
Pour dormir dans vos pyramides,
Une reine indigne de vous?

Grands Pharaons, verrez-vous entrer sans courroux,
Pour dormir dans vos pyramides,
Une reine indigne de vous?
Grands Pharaons, nobles Lagides,
Verrez-vous entrer sans courroux,
Pour dormir dans vos pyramides,
Une reine indigne de vous,
Une reine indigne de vous?

Non! non, de vos demeures funèbres,
Je profanerais la splendeur.
Rois, encor au sein des ténèbres,
Vous me fuiriez avec horreur,
Vous me fuiriez avec horreur.

Du destin qui m'accable est-ce à moi de me plaindre?
Ai-je pour l'accuser, ai-je le droit de la vertu?
Par moi nos Dieux ont fui d'Alexandrie,
Par moi nos Dieux ont fui d'Alexandrie.
D'lsis le culte est détruit.

Grands Pharaons, nobles Lagides,
Grands Pharaons, nobles Lagides
Vous me fuiriez avec horreur,
Vous me fuiriez avec horreur!
Du destin qui m'accable est-ce à moi de me plaindre?
Ai-je pour l'accuser, ai-je le droit de la vertu?

Grands Pharaons, nobles Lagides,
Verrez-vous entrer sans courroux,
Pour dormir dans vos pyramides,
Une reine indigne de vous?

Non, j'ai d'un époux déshonoré la vie.
Sa cendre est sous mes yeux, son ombre me poursuit.
C'est par moi qu'aux Romains l'Egypte est asservie.
Par moi nos Dieux ont fui les murs d'Alexandrie,
Et d'Isis le culte est détruit.

Osiris proscrit ma couronne.
A Typhon je livre mes jours,
Contre l'horreur qui m'environne.
Un vil reptile est mon recours.

Recitativo
Dieux du Nil, vous m'avez trahie!
Octave m'attend a son char.
Cléopâtre en quittant la vie,
Redevient digne de César!